dimanche 4 novembre 2007

Bi-l'an: Beaucoup de rencontres et peu d'amis

C'est un thème qui démontre bien l'ambivalence du comportement des Japonais, et cela que ce soit envers des étrangers (ou Gaijin dans leur langue) qu'envers leurs semblables.

C'est le moment notamment du "je me la pète" en vous racontant une caractéristique de la culture Japonaise et aussi en partie des cultures asiatiques.

Il y a une valeur, qui n'existe pas (tout du moins de mon avis) dans les cultures occidentales: le concept de perdre la face. En Asie, lorsque quelqu'un est profondément déshonoré, cela équivaut à mourir et généralement la victime n'a alors plus aucune mesure et ce qui s'ensuit peut être assez catastrophique. C'est extrême, vous en conviendrez, mais c'est pour ça qu'à tous ceux qui voyagent en Asie, on conseille ne pas élever la voix sur un Asiatique, espécialement en public, car il y aurait alors le risque de lui faire perdre la face.

Suivant les cultures asiatiques, ce concept a été plus ou moins modifié. Au Japon, pour éviter de se retrouver dans une telle situation, la solution a été de dissimuler aux yeux de tous ses véritables sentiments (appelés "honne" en Japonais) derrière une façade de politesse et de convenance (appelée "tatemae") comme ça il y a très peu de chance que quelqu'un arrive à vous faire perdre la face vu que vous êtes retranchés derrière une muraille de convenances.
Pour résumer, vous ne saurez jamais d'un Japonais ce qu'il pense réellement. Au mieux , vous le devinerez vaguement à force de déductions d'autant plus hasardeuses que l'écart entre la culture japonaise et les cultures occidentales sont grandes. Mais les paroles pleines de franchises n'existent pas ici et ça manque.

De ce constat découle mes six premiers mois ici. J'ai rencontré énormément de gens. Mais au final, les personnes que je considère comme des amis se compte sur les doigts de la main. Avoir une connaissance "gaijin" est ici source de fierté pour un Japonais, et j'ai souvent joué le rôle de la bête curieuse que l'on montre à ses amis histoire qu'ils puissent étréner leur quelques mots d'anglais pour me poser les sempiternelles questions:
"Do you like Japan ?"
"Do you like Japanese girls ?"
"Can you eat raw fish ?"
Et j'en passe des plus ennuyeuses... Ainsi, on pourra voir sous deux angles mon séjour ici:
- j'ai perdu énormément de temps et d'énergie dans des rencontres inintéressantes et stéréotypées
- j'ai réussi à me faire quelques amitiés durables
C'est la questions du verre à moitié plein ou à moitié vide. Quelle genre de personne êtes-vous ?

Petite gallerie des personnages que j'espère continuer à voir dans les mois, années qui viennent !

Elia, une pile à bonne humeur et énergie (mais seulement de 7h à 23h car après c'est dodo) et Ryuta qui quand il n'est pas sur un pont suspendu arrive à sourire sur les photos !



Shinsuke, surnommé Umeboshi de par la couleur rouge qu'il a tendance a arboré dès que trop de saké à réussi à se frayer un chemin jusque dans sa bouche.



Tetsu, un Japonais qui apprend le Français chaque vendredi et samedi entre 22h et 5h du matin des Français de Osaka... pour dire je crois même qu'il saurait réparer une photocopieuse à la Défense maintenant.



Et il y en a d'autres que je vous réserve pour une prochaine fois.

4 commentaires:

Elia a dit…

Pour les lecteurs du blog : je partage tout à fait la vision d'Antoine du Japon sur cette question des apparences. C'est très dur pour les occidentaux, enfin si on cherche des trucs un peu "vrais". Et je le rejoins aussi sur le fait qu'on arrive à dénicher des perles rares, mais alors super rares!!
Pour Antoine : j'adore tes descriptions des personnages! Merci pour la bonne humeur, et la photo de Ryuta est géniale. Quand à celle de Tetsu ... faut que tu leur donnes l'adresse de ton blog pour qu'ils apprennent mieux le français tous les deux.

Anonyme a dit…

Plus généralement, je trouve qu'au Japon, tout met beaucoup plus de temps qu'en France, les Japonais ne forment pas un peuple de l'instantanéité; en particulier pour les relations amicales, j'ai l'impression que pour un même niveau de qualités de relations, il faut fournir beaucoup plus d'efforts et de coups d'éclats qu'en France (par exemple pour percer le tatémaé et être toujours en honné). Alors c'est vrai qu'étant au Japon pour une longue durée, on doit (a intérêt) à un peu se plier à la règle, sauf si on peut fréquenter facilement d'autres étrangers expatriés.

Sinon, pour avoir eu peut-être la chance d'avoir rencontrer des jeunes Japonais d'horizons et de de background éducationnels variés, j'ai le sentiment qu'il y a - contrairement à ce que l'on pourrait penser a priori - un écart-type assez important au niveau des personalités disponibles et que raisonner en moyenne sur les Japonais ne mène souvent pas à grand chose (ayant néanmoins pensé jusqu'à récemment le contraire, je suis revenu là-dessus après plusieurs bonnes surprises et expériences). J'ai l'impression qu'il y a une bonne floppée de jeunes très prévisibles et avec peu de prestances individuelles, mais que néanmoins, les jeunes free-minded et intéressants ne sont finalement pas si rares... A confirmer donc...

Tony a dit…

Je profite de la venue de mon couch surfer qui nous a éclairé sur ses vues pour transmettre son avis.
Il nous a expliqué à Elia et moi que la relation d'amitié au Japon pouvait se voir sous deux angles.
Un angle confucéen (si c'est ça l'orthographe...) qui porte l'emphase sur le fait de ne pas empiéter chez l'autre (et donc ne pas le harceler de questions ou ne pas chercher à connaître ou échanger, ne pas pénétrer dans son sanctuaire étant la plus grande preuve de respect possible).
Un angle esthétique. L'explication est moins évidente. Sa grande théorie est que sous l'ère des Tokugawa, le shogun a mis en place un système pour rendre la société Japonaise sans "friction", comme une oeuvre d'art. Une harmonie de tous les instants. Il resterait encore des fragments de tout cela aujourd'hui faisant que le Japonais moyen a tendance a ne pas vouloir se révéler car ça serait faciliter la création de friction. Seul le groupe compte et les relations d'individus à individu sont ignorées.
C'était une tentative approximative de reconstitution de ce qu'il nous a appris. elia si tu te sens d'en rajouter ou de clarifier... dozo !

Elia a dit…

Je reviens juste sur la vision de Tucker (laméricain d'Antoine) et sa vision d'un monde "sans-frictions". Je ne sais pas si c'est Tokugawa qui l'a mis en place ou si c'était déjà dans les mentalités avant, ou si au fur et à mesure c'est apparu vu que le pays était totalement isolé du reste du monde et qu'il fallait bien qu'ils arrivent à vivre ensemble sans trop se taper dessus; toujours est-il que je suis tout à fait d'accord avec le constat actuel, c'est une société où le but est de minimiser les frictions.
S'il y a un problème, une altercation, un aléa, une situation inattendue, tout d'un coup c'est la panique: il faut réfléchir par soi-même, il n'y a pas marqué dans le manuel du bon japonais le comportement à adopter, bref c'est vraiment la panique.
Donc pour éviter ces moments de panique ou chacun entrevoit le risque éventuel de perdre la face, les japonais ont tendance à tout faire pour éviter des situations de litige.
Pour des européens, et en particulier des français qui en général disent ce qu'ils pensent (mais je pense aussi aux allemands par exemple), c'est difficile d'imaginer avec quelle inventivité les japonais arrivent à squizer ces situations : faire traîner dans le temps une affaire, se plier en quatre pour qu'on ai pitié d'eux (cf aventure d'antoine a la banque), demander à leur supérieur qui lui demandera à son supérieur etc. vous abandonnez très vite votre question vu les complications que ça entraîne, etc. Ca, c'est en général envers les gaijin, parce que sinon entre japonais, ils essaient tout simplement de ne pas créer ce genre de situation; donc forcément les échanges sont limités, et nous on arrive pas à se faire des copains quoi.
Bon j'arrête là mais pour résumer la société japonaise essaie en effet d'éviter tout heurt, et nous on est pas habitué à ça, on aime bien un peu de contact, du débat, des mises en situation périlleuse de temps en temps, un peu d'aventure, tout ça ... pas du tout l'esprit japonais. Mais Rafi tu as raison bien sûr, c'est pas vrai pour tous les japonais, et Ryuta par exemple est un aventurier dans l'âme!!